Jean-Pierre donne le mandat à son beau-frère
Suite à plusieurs discussions avec le beau-frère Marcel, Jean-Pierre décide donc de passer à l'action. Lors d'une réunion de famille au domicile de Marcel, Jean-Pierre confie donc le mandat de construire le site Web de sa compagnie en utilisant les services de Marcel. Bien sûr, ce dernier n'a pas que ça à faire mais, il consent tout de même à réaliser le superbe site Web de son beau-frère. Évidemment, Marcel se considère comme très talentueux en ce qui concerne la construction de sites Web et de plus il voit là, l'opportunité ultime de se faire valoir dans ce domaine et ainsi peut-être grâce à ce travail, il pourra obtenir d'autres contrats, ce qui lui permettrait de quitter son emploi de concierge qu'il fait depuis 15 ans à l'école primaire Ste-Apostasie. Il espère bien passer du chiffon à la souris. Les deux comparses prennent rendez-vous le samedi suivant au commerce de Jean-Pierre.
Marcel arrive enfin au commerce de Jean-Pierre en ce samedi pluvieux, en retard d'une heure. Bien sûr, ce n'est pas sa faute! Sa voiture n'a pas démarré ce matin, encore une fois. Il ne faut pas s'étonner car Marcel roule encore avec sa voiture neuve achetée il y a 15 ans. Bien que déçu, déjà… Jean-Pierre fait mine de rien et invite son expert à s'asseoir à son bureau. Une demi-heure s'est passée et notre ami Marcel n'a pas encore parlé du site Web, il jase encore de la dernière partie de quilles. De plus en plus impatient, Jean-Pierre n'en peut plus et demande à son beau-frère de passer au vif du sujet. Surpris, ce dernier consent enfin.
Jean-Pierre lui demande alors ce qu'il devrait fournir comme document pour construire son site Web. En connaisseur, Marcel lui demande de lui fournir son catalogue de meubles avec bien sûr des images, question de meubler son site. Jean-Pierre en profite donc pour lui donner quelques adresses de sites qu'il a aimés en exemple, pour permettre à Marcel de savoir ce qu'il veut. Marcel ne s'attendait pas à ça. Ce qu'il voit, ce sont des sites professionnels, bien faits. Au fond de lui, il sait qu'il n'a pas les compétences pour réaliser ce genre de sites mais, il s'abstient évidemment de le dire à Jean-Pierre. En essayant d'être le plus convaincant possible, il lui suggère de s'orienter vers quelque chose de plus simpliste car, comme il le dit lui-même, ce n'est pas ça que les gens vont regarder, ce sont tes meubles. Il aurait été plus honnête pour Marcel de lui dire tout de suite qu'il n'a pas les compétences pour réaliser ce genre de sites mais, que voulez-vous, Marcel envisage une carrière et son beau-frère sera son cobaye. Il veut démontrer à Jean-Pierre qu'il veut lui rendre service pour ne pas qu'il se fasse avoir par une firme spécialisée en conception de sites Web. Jean-Pierre, avec un peu d'inquiétude dans la voix, lui demande alors : « Quel genre de site Web vas-tu me faire? « Laisse-moi faire avec ça lui répond-il, je vais t'arranger ça à la mode ». Jean-Pierre n'est pas dupe et se demande au fond de lui s'il a bien fait de confier son site à un amateur. Mais sa femme Jeannine, soeur de ce dernier, l'a convaincu du contraire. « Mon frère Marcel est débrouillard, il va t'arranger ça à la mode! » lui dit-elle.
Trois semaines ont passées et Jean-Pierre n'a toujours pas reçu de nouvelles de Marcel. Il décide donc de lui téléphoner, question de s'informer sur l'avancement des travaux. Au bout du fil, Marcel lui annonce avec fierté que sa première page est presque terminée. Jean-Pierre en a le souffle coupé, il lui demande pourquoi ça prend autant de temps, Marcel l'informe du fait qu'il travaille sur son site par temps perdu, que ça fait deux week-end que sa petite dernière est malade, il a eu des problèmes avec son auto, avec sa femme, son ordinateur bien sûr a planté, il a eu un rendez-vous chez le médecin pour un ongle incarné qui le faisait atrocement souffrir, surtout dans ses souliers de quilles, il a eu aussi une gastro-entérite, un mal de tête, un mal de dos, etc. Une chose est certaine, Jean-Pierre n'a pas de site mais il dispose maintenant du pedigree social et médical de son beau-frère Marcel. Mais au moins, ce dernier se veut rassurant, tout semblait aller pour le mieux depuis hier et il compte bien lui envoyer la mise en page de sa page d'accueil d'ici quelques jours. Jean-Pierre sent sa gorge lui serrer et respirant à fond par le nez, accepte ce nouveau délai. Après tout c'est vrai, Marcel lui rend service…
Une semaine plus tard Marcel téléphone à Jean-Pierre tout emballé! Il lui dit que sa mise en page est prête et qu'il l'envoie immédiatement dans sa boîte de courriels. Enfin, se dit Jean-Pierre, d'un seul coup toutes ses appréhensions tombent à propos de Marcel. Il se précipite devant son ordinateur et attend la réception de son courriel. Après 10 minutes d'attente, toujours rien, un autre 10 minutes passe. Impatient, Jean-Pierre téléphone à Marcel : L'as-tu envoyé? lui demande t'il. Marcel lui confirme l'avoir transmis depuis déjà 20 minutes. Après maintes discussions et obstinations Marcel demande à Jean-Pierre d'appeler son fournisseur Internet parce que le problème est de son côté. Au même moment, Jean-Pierre voit arriver dans sa boîte de courriels un message d'un de ses clients. Perplexe, il appelle tout de même son fournisseur. Ce dernier lui confirme que sa boîte de courriels n'a aucun problème et preuve à l'appui, lui fait parvenir un courriel de vérification. Après avoir réglé certains problèmes dans son magasin, Jean-Pierre rappelle Marcel. Une heure s'est déjà passée. Marcel exaspéré et à bout de souffle ni comprend rien. Il est certain qu'il n'y a pas de problème de son côté mais qu'il va vérifier quand même. Après tout, il n'a pas que ça à faire, pense-t-il. Comme par magie, cinq minutes après, Jean-Pierre reçoit enfin le courriel de Marcel. Ce dernier ne dit pas à Jean-Pierre qu'il avait demandé à sa femme de lui faire parvenir le courriel mais, que cette dernière avait complètement oublié d'envoyer le courriel parce que sa machine à laver était tombée en panne juste avant. Marcel était occupé à regarder un vieux film western et rien ne pouvait le faire déplacer de son fauteuil, après tout il n'a pas que ça à faire.
Enfin Jean-Pierre va pouvoir contempler le chef-d'oeuvre qui représentera merveilleusement bien son entreprise et qui l'amènera à des sommets ultimes!…
Il est immédiatement foudroyé par une image d'une commode à six tiroirs un peu flous, avec un fond vert fluo à pois orange. Autour, de l'image une série de petits points clignotants multicolores mettent en évidence l'image de piètre qualité. En bas de l'image, on peut lire le texte vantant les mérites du festival western de St-Tite. À gauche de l'image, une série de boutons, tous aussi clignotants laissent entrevoir en leur centre des petits titres comme : notre histoire, courriel, qualité, main-d'oeuvre, équipe, catalogue, garantie, etc. Éberlué, Jean-Pierre montre cette image à son directeur des ventes. Ce dernier s'esclaffe de rire mais approuve tout de même l'image si elle a été joyeusement réalisée par un enfant de 8 ans. Mais en regardant de plus près, le directeur s'aperçoit que cette image représente leur magasin. Il confirme sur le champ à Jean-Pierre que si cette image représente le commerce, il lui remet immédiatement sa démission et fait une plainte aux normes du travail pour faute professionnelle. Jean-Pierre le rassure et sa main se dirige instinctivement vers son téléphone. Devinez à qui veut-il parler?
Tout joyeux au bout du fil, sans même attendre que Jean-Pierre lui parle, Marcel vante la beauté de l'image, lui explique que le texte sur le « Festival de St-Tite » n'est qu'un exemple car, après avoir numérisé l'image, son scanner lui a fait défaut, bien qu'il soit neuf de 5 ans à peine mais, que le problème sera réglé d'ici quelques semaines. Son épouse attend un chèque, mais dans le même souffle, il lui demande de lui en acheter un, de cette façon ils pourraient travailler sur son site plus rapidement.
Jean-Pierre ne sait plus quoi dire. A l'autre bout du fil son beau-frère est tout fier de son image, il sait très bien qu'il va lui faire de la peine mais il ne peut définitivement pas approuver quelque chose d'aussi horrible. Quand Marcel fini de parler, avec hésitation, Jean-Pierre explique à Marcel que son image ne convient pas à son type de commerce, que la présentation de lui convient pas, qu'il n'aime pas les couleurs ni les points qui scintillent, qui vont lui causer une crise d'épilepsie. Insulté, Marcel lui fait remarquer qu'il n'a pas que ça à faire et qu'après tout, il ne voulait que lui rendre service et qu'à cause de lui, son ordinateur a eu des problèmes, sont scanneur a brisé, qu'il a perdu trois week-ends, etc. Après s'être vidé le cœur, Marcel raccroche la ligne au nez de Jean-Pierre en lui rappelant qu'il vient de perdre son partenaire de quilles.
Atterré par son expérience et bien qui le savait dans son for intérieur, Jean-Pierre vient de se rendre compte qu'il serait préférable de confier son projet à des spécialistes en conception de sites Internet, que le temps c'est de l'argent et qu'il vient de perdre plusieurs semaines en confiant la réalisation de son site à son beau-frère. À ce moment, son directeur de ventes entre dans son bureau et lui donne le nom d'une entreprise spécialisée en conception de sites Web. Jean-Pierre le remercie, décroche son téléphone et compose le numéro de l'entreprise…À suivre.
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